Iran : tension toujours palpable autour du détroit d'Ormuz
4 mai 2026
Depuis le début des hostilités lancées par les Etats-Unis et Israël le 28 février dernier, l'Iran contrôle cette voie stratégique par laquelle transite d'ordinaire un cinquième de la consommation mondiale de pétrole. Washington a répliqué en bloquant à son tour les ports iraniens, bien qu'un cessez-le-feu soit en vigueur depuis le 8 avril dernier.
Le président américainDonald Trump a évoqué dimanche soir "un geste humanitaire" et de "bonne volonté" en faveur des marins bloqués par la fermeture du goulet. Selon lui, à partir de lundi matin, la marine américaine guidera au travers du détroit d'Ormuz des navires de pays "qui n'ont rien à voir avec le conflit".
L'agence de presse iranienne Fars a fait état de deux missiles tirés contre une frégate de l'armée américaine, mais le Centcom (commandement militaire pour le Moyen-Orient, ndlr) a rapidement démenti qu'un de ses navires ait été frappé.
L'Iran promet des représailles en cas d'avancée américaine
Donald Trump a toutefois averti que si cette opération, baptisée Project Freedom ("Projet Liberté"), devait être entravée par l'Iran, cela "devrait malheureusement être traité par la force". Le Centcom a précisé que l'initiative impliquerait des destroyers lance-missiles, plus d'une centaine d'aéronefs et 15.000 soldats.
L'Iran a rétorqué en menaçant l'armée américaine. "S'ils ont l'intention de s'approcher du détroit d'Ormuz ou d'y pénétrer, ils seront ciblés et attaqués", a lancé le général Ali Abdollahi, chef du commandement des forces armées de la République islamique.
"Les Américains doivent comprendre qu'ils ne peuvent recourir aux menaces et au langage de la force contre la nation iranienne", a ajouté le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï. "La République islamique d'Iran a montré qu'elle se considérait comme la gardienne et la protectrice du détroit d'Ormuz", a-t-il poursuivi, relevant qu'avant la guerre, cette voie était "sûre et sécurisée".
20.000 marins bloqués dans le détroit
Depuis le début de la guerre, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, Téhéran a instauré de facto des droits de passage pour franchir le détroit.
Le blocage du détroit a fait flamber les cours du pétroleau plus haut depuis 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Les prix se sont stabilisés lundi sur les marchés asiatiques, avec un baril de Brent, la référence mondiale du brut, à 109.29 dollars, bien loin des 126 dollars de jeudi.
Le nombre de navires commerciaux présents dans le Golfe s'élevait à 913 le 29 avril, dont 270 pétroliers et une cinquantaine de navires gaziers, selon l'entreprise spécialisée dans le suivi maritime AXSMarine. Quelque 20.000 marins seraient concernés, d'après un haut responsable de l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO.
Un chasseur de mines de la Marine allemande en direction de la Méditerrannée
Le chasseur de mines "Fulda" a quitté ce lundi la base navale de Kiel-Wik. Le navire, avec un équipage pouvant compter jusqu’à 45 soldats, sera en route pendant environ deux semaines. Il a mis cap sur la Méditerranée "afin de pouvoir participer à une telle mission en cas de besoin, si les conditions-cadres également mentionnées par le chancelier fédéral sont remplies, et d’être alors déjà à proximité géographique", selon un porte-parole du ministère fédéral de la Défense.
Un mandat du Bundestag allemand est une condition préalable à un déploiement dans le détroit d’Ormuz. Le chancelierFriedrich Merz avait en outre cité comme conditions pour une mission allemande la fin des combats en Iran ainsi qu'une "base juridique sûre", par exemple une résolution de l’ONU.
La veille, le ministre fédéral des Affaires étrangères Johann Wadephul avait appelé son homologue iranien Abbas Araghtschi à "libérer immédiatement" le détroit, essentiel pour le commerce du pétrole, lequel est de facto bloqué depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.
De son côté, Emmanuel Macron a appelé de son côté à une réouverture du détroit "concertée" entre "l'Iran et les Etats-Unis". Le président français s'est montré sceptique quant à la nouvelle opération lancée par Donald Trump, jugeant son cadre "pas clair".