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Togo : comment comprendre les disparitions de mineurs ?

18 mars 2026

Les signalements d'enlèvements et disparitions présumées soulève la question de la protection des adolescents et des mineurs.

Image d'enfants
Face à la multiplication des signalements d'enlèvements et de disparitions présumées, les autorités assurent agirImage : Amr Abdallah Dalsh/REUTERS

Après plusieurs semaines d'investigations, sur 102 cas recensés, 86 personnes ont été retrouvées, dont 63 mineurs, et 23 majeurs.Face à la multiplication des signalements d'enlèvements et de disparitions présumées au Togo le gouvernement a mis en place une commission d'enquête. C'est une affaire largement relayée sur les réseaux sociaux, qui a alimenté un climat d'inquiétude. Mais derrière cette vague d'alertes, une réalité plus complexe se dessine, posant la question cruciale de la protection des adolescents et des mineurs.

Des enfants livrés à eux-mêmes

À ce jour, selon les autorités togolaises, un seul cas d'enlèvement présumé fait encore l'objet d'investigations approfondies. Dans la majorité des cas, notamment ceux impliquant des mineurs, les disparitions seraient davantage liées à des conflits familiaux, des départs volontaires, ou encore à des contextes de négligence et de vulnérabilité, toujours selon les autorités.

"C'est la souffrance et la maltraitance qui pousse les adolescents à quitter leurs maisons, surtout si l'enfant est déjà entre les mains de quelqu'un qui l'exploite" selon Sœur Lucie Anne Moulata. Défenseuse des droits des enfants et responsable du Centre d'accueil Kékéli à Lomé, elle décrit des fugues avant tout motivées par des conditions de vie difficiles.

Sœur Lucie Anne Moulata explique que : "Parmi les enfants que nous accueillons, on constate que c'est souvent la misère familiale qui les pousse à partir. Des personnes venant de la capitale se rendent dans les villages, promettent aux parents un avenir meilleur : scolarité et soutien financier. Mais une fois en ville, la réalité est toute autre. Les enfants sont livrés à eux-mêmes, contraints de travailler sans relâche, parfois sans même manger. Beaucoup finissent par fuir ces conditions. On est alors clairement dans des situations d'exploitation, qui peuvent aller jusqu'à l'exploitation sexuelle."

Derrière ces trajectoires, se dessinent des mécanismes d'exploitation bien rodés, souvent facilités par la précarité des familles et le manque de vigilance ou d'encadrement.

Plusieurs raisons poussent les enfants et les jeunes à fuguerImage : Zafer Goder/Anadolu/picture alliance

L'influence des pratiques socioculturelles

Pourtant, des dispositifs de protection existent. Mais sur le terrain, leur application reste limitée. En cause : le poids des pratiques sociales et familiales qui contournent encore largement les circuits officiels, explique Esso-Dong Kongah, directeur du Centre de documentation et de formation sur les droits de l'Homme de l'Université de Lomé. 

"La protection de l'enfance, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, reste fortement influencée par les pratiques socioculturelles, et les dispositifs officiels sont encore très peu sollicités" assure Esso-Dong Kongah.

Il explique que "lorsqu'un enfant rencontre un problème, on a tendance à le confier à un proche, une tante, un ami de la famille, plutôt que de se tourner vers les services sociaux. Ce réflexe n'est pas propre au Togo. Pourtant, des lois existent et des mécanismes de protection sont en place."

Un constat partagé par les acteurs de terrain : les dispositifs d'aide existent, mais ils restent peu mobilisés, laissant perdurer des prises en charge parfois risquées pour les enfants.

À cela s'ajoutent, selon sœur Lucie Anne Moulata, d’autres facteurs aggravants, comme la désinformation et les promesses de gains faciles, qui exposent davantage les jeunes à des réseaux d'exploitation.

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