Une artiste togolaise déchire son passeport
4 août 2026
Pour ses soutiens, il s'agit d'un acte politique destiné à dénoncer la gouvernance du Togo. Pour ses détracteurs, c'est une atteinte aux symboles de l'État. Mais au-delà des émotions, que dit le droit ?
La vidéo a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Face caméra, Noélie Elikem, ciseaux à la main, découpe son passeport togolais. Un geste revendiqué comme une protestation contre la situation politique de son pays d'origine.
Depuis, les réactions se multiplient. Entre défense de la liberté d'expression et condamnation d'un acte jugé irrespectueux envers l'État, le débat dépasse désormais le terrain politique.
"Elle a accumulé des frustrations, encaissé beaucoup de choses et, aujourd'hui, elle est arrivée à un point de rupture. C'est ce qui explique sa réaction".
"Celui qui déchire son passeport togolais ne reconnaît pas sa valeur. Il a perdu la tête. Quelles que soient les difficultés, les problèmes, je demeure Togolais".
Un acte delictuel
Pour l’analyste Gabin Adjaho, l'acte est d'abord un message. Selon lui, "la destruction publique de son passeport togolais par l'artiste gospel Noélie Elykem revêt avant tout une portée symbolique sur le plan politique. En détruisant ce document, elle exprime publiquement sa rupture avec l'État togolais et son opposition face aux autorités publiques..."
Mais ce geste ne se limite pas à sa dimension symbolique. Sur le plan juridique, la question est différente. Le passeport n'est pas un document privé. Il est délivré par l'État et demeure un document officiel.
Sa destruction volontaire peut donc soulever des questions de droit. C'est ce que rappelle l'analyste.
"En détruisant ainsi son passeport, l'artiste Noélie Elykem s'expose à des poursuites pénales. Elle pourrait être poursuivie par les articles 490 à 492 ainsi que 656 et suivants du Code pénal togolais", explique-t-il
Ces articles concernent l’outrage aux symboles nationaux et la détérioration volontaire de matériel. Ils concernent avant tout l’outrage au drapeau et à l’hymne national et prévoient des amendes de 50 000 à 200 000 francs CFA.
L’amende peut être doublée lorsque l’outrage est commis publiquement, ou diffusé par son auteur, ce qui est le cas de Noélie Elikem.
Reste à savoir si les autorités engageront, ou non, une procédure. Ce geste relance le débat sur la liberté d'expression face au respect des documents officiels de Sehr geehrte Damen und Herren,