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Etat de droitTogo

Au Togo, l'opposition réclame une "période de transition"

26 août 2026

Au Togo, les principaux partis d'opposition ont lancé un front commun contre la Constitution de 2024. Interview avec Nathaniel Olympio, porte-parole du "Front Touche pas à ma Constitution".

Togo Lomé 2017 | Nathaniel Olympio avant une manifestation contre Faure Gnassingbé (archive)
La Cour de justice de la Cédéao estime que la réforme de la Constitution et un "changement inconstitutionnel de gouvernement". Nathaniel Olympio salue cet avisImage : Matteo Fraschini Koffi/AFP

Au Togo, les principaux partis d'opposition ont lancé un front commun contre la Constitution de 2024. Réunis au sein du front "Touche pas à ma Constitution", ils accusent les autorités en place d'avoir changé la loi fondamentale pour permettre à Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis plus de vingt ans, de le conserver indéfiniment, puisqu'il est désormais "président du Conseil" et peut se faire reconduire à ces fonctions sans limite de mandat. 

Le front d'opposition s'appuie sur un arrêt de la Cour de justice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui a qualifié, fin janvier, la réforme de "changement inconstitutionnel de gouvernement". 

Le gouvernement togolais rejette pour sa part les conclusions de la Cour de la Cédéao, estimant que celle-ci outrepasse ses compétences.

Dans une alliance inédite depuis des années, les grandes formations d'opposition unies proposent ainsi une "sortie de crise" pour revenir à l'ordre constitutionnel au Togo. La DW s'est entretenu avec Nathaniel Olympio, porte-parole de "Touche pas à ma Constitution". Voici son interview :

DW : Pourquoi avoir constitué cette alliance contre la Constitution de 2024 seulement maintenant ?

L'arrêt (de la Cour de la Cédéao), effectivement, remonte au 29 janvier. Cependant, nous n'avons été informés de cette décision qu'au mois de juin. Depuis le mois de juin, nous avons intensifié la contestation contre cette Constitution. D'ailleurs, nous n'avons pas attendu l'arrêt de la Cour de justice de la Cédéao pour contester cette Constitution, nous le faisons depuis mars 2024. Cet arrêt vient confirmer ce que nous disions, et c'est une décision historique que la Cédéao a prise. Elle s'impose aujourd'hui comme une jurisprudence non seulement pour les Togolais, mais pour tous les Africains.

Faure Gnassingbé est devenu président du Conseil des ministres et détient ainsi le pouvoir exécutif.Image : Presidential Press Unit, Uganda

DW : Quelle est votre stratégie pour tenter de faire appliquer l'arrêt ? Vous parlez dans votre mémorandum d'un appui que vous souhaiteriez voir du côté des partenaires du Togo, à savoir l'Union européenne, l'Union africaine et, bien sûr, les États-Unis.

D'abord, cette décision de la Cour de justice s'adresse également à l'Union africaine et la Cédéao, parce que c'est sur la base de la Charte de l'Union africaine, que la décision a été prise par les juges. Il revient donc à la Cédéao, à l'Union africaine, d'assumer leurs responsabilités en appliquant ces articles de la Charte. C'est ce que nous leur rappelons pour commencer, d'une part. Deuxièmement, le régime togolais est aujourd'hui déclaré juridiquement illégitime et illégal.

À partir de ce moment, tous les partenaires doivent savoir que les autorités togolaises sont disqualifiés pour parler au nom des Togolais. C'est devenu un pouvoir de fait qui s'impose par la force, qu'il faut combattre, comme cela a été le cas pour tous les régimes d'exception qui se sont mis en place dans la sous-région.

DW : Est-ce que cela veut dire que vous allez appeler à de grandes manifestations dans la rue ? Il y a eu des précédents avec des violences ces dernières années. Dès lors, comment éviter que la mobilisation populaire ne dégénère ?

Le régime togolais est un régime très répressif qui ne laisse pas les citoyens s'exprimer pacifiquement.

En juin de l'année dernière, sept personnes ont encore été tuées dans des manifestations. Mais cela ne doit pas enlever aux citoyens togolais le droit de s'exprimer, le droit de manifester pacifiquement.

Et c'est en cela que la responsabilité de la Cédéao et de l'Union africaine doit prendre tout son sens. Ces institutions doivent peser sur le régime togolais pour que les droits des citoyens soient respectés et que les conventions que le Togo a ratifié puissent être respectées dans la liberté de manifestation, la liberté de réunion et la liberté d'association.

Amnesty International avait réclamé des enquêtes indépendantes après la répression des manifestations contre la nouvelle Constitution en 2025.Image : Erick Kaglan/AP/picture alliance

DW : Donc, dans le meilleur des cas, un dialogue va s'instaurer avec le gouvernement. Mais si les autorités refusent de remettre en cause la nouvelle Constitution, quelle serait la prochaine étape de votre côté ?

Il est évident qu'aujourd'hui nous sommes dans un vide constitutionnel. D'une part, parce que la Constitution de 1992, qui était en vigueur jusqu'au changement, prévoyait une élection présidentielle en février-mars 2025, ce qui n'a pas lieu. Cette Constitution n'est ainsi plus applicable. Aujourd'hui, la nouvelle Constitution mise en place est déclarée illégitime et illégale. Alors que reste-t-il à faire ? Il faut entrer dans une phase de transition.

DW : Cela veut dire un gouvernement provisoire, une Assemblée constituante ?

Il faut d'abord acter la fin de la dictature et ensuite mettre en place cette période de transition avec toutes les institutions transitoires. Il faut une Assemblée constituante qui va mettre en place les équipes dirigeantes et qui va revisiter tous les textes fondamentaux de la Constitution, les institutions, et tout ce qui n'a pas fonctionné depuis 21 ans, que Monsieur Faure Gnassingbé est au pouvoir et que son régime dirige le pays depuis 60 ans. Il faut remettre tout cela à plat pour que les Togolais définissent ensemble, avec des Assises nationales, le Togo dans lequel nous voulons vivre.

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