Stratégie de sécurité de Trump : ce qu'il faut savoir
17 décembre 2025
Le président américain Donald Trump a étendu mardi [16.12.2025] les interdictions d'entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de sept autres pays, dont la Syrie, ainsi qu'aux Palestiniens.
Les nouveaux pays concernés par cette mesure sont le Burkina Faso, le Niger, le Mali, le Soudan du Sud et la Syrie, tandis que deux autres pays, le Laos et la Sierra Leone, se voient passer de restrictions partielles à totales.
L'administration Trump avait déjà imposé des restrictions totales visant une douzaine de pays. Cette décision s'inscrit dans une stratégie plus globale de gouvernance.
"America First"
Le slogan clé de Donald Trump "America First" semble plus proche que jamais de la réalité. Ceci depuis notamment la publication d'un document stratégique américain clé décrivant la politique étrangère de son administration.
"Dans tout ce que nous faisons, nous donnons la priorité à l'Amérique », peut-on lire dans une lettre d'introduction signée par le président dans un document de 29 pages récemment publié, intitulé « Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d'Amérique."
Il définit la stratégie américaine comme étant "pragmatique sans être "pragmatique", réaliste sans être "réaliste", fondée sur des principes sans être "idéaliste", musclée sans être "belliciste" et modérée sans être "pacifiste".
Nouvelle stratégie de sécurité nationale de Donald Trump
La stratégie de sécurité nationale (NSS) ne détermine pas la politique, mais définit plutôt la vision du gouvernement en matière de politique étrangère. Elle peut, bien sûr, être dépassée par les événements mondiaux. Par exemple, comme le souligne Andrew Payne, expert en politique étrangère américaine et directeur de recherche au groupe de réflexion sur les affaires internationales Chatham House, la version 2022 publiée pendant le mandat de Joe Biden ne mentionnait pas de manière significative le Moyen-Orient.
Mais la NSS a un impact évident sur la manière dont les ressources gouvernementales sont allouées et donne aux gouvernements étrangers un aperçu des intentions des États-Unis.
"Que l'administration elle-même suive ou non les principes et les priorités énoncés ici, il s'agit de la meilleure source disponible pour les décideurs politiques étrangers qui cherchent à clarifier l'orientation d'une administration qui, jusqu'à présent, s'est montrée incohérente et imprévisible ", selon Andrew Payne.
Ce que dit le document
Outre de nombreuses auto-félicitations et un rejet de la politique étrangère traditionnelle des États-Unis, Donald Trump présente un projet "America First" beaucoup plus fort que celui qu'il avait présenté dans sa première NSS en 2017.
"Après la fin de la guerre froide, les élites de la politique étrangère américaine se sont convaincues que la domination permanente des États-Unis sur le monde entier était dans le meilleur intérêt de notre pays", indique l'introduction. "Cependant, les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts."
Ainsi, les grandes lignes de la stratégie s'éloignent de l'intervention américaine à l'étranger, du multilatéralisme et des organismes internationaux, pour se tourner vers l'autodétermination nationale, du moins lorsque cela convient aux États-Unis.
La NSS appelle les États-Unis à disposer :
• d'un contrôle total de leurs frontières,
• de "l'armée la plus puissante, la plus meurtrière et la plus avancée technologiquement au monde"
• de "l'économie la plus dynamique, la plus innovante et la plus avancée"
• d'une emprise "soft power" à travers le monde pour leur propre bénéfice.
Allusion à la doctrine Monroe
À l'échelle mondiale, elle préconise un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, établie en 1823 et qui concerne l'autodétermination des États-Unis face à l'intervention européenne. Il fait référence à la prévention de "la domination du Moyen-Orient par une puissance adverse" et note que la fin de la guerre entre la Russie et l'Ukraine est un objectif clé, au même titre que la lutte contre le trafic de drogue dans la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique oriental, tout en appelant les autres nations à assumer une plus grande part du fardeau.
Le document indique également que l'Europe est confrontée à la "perspective d'un effacement civilisationnel", que certains pays européens seront "méconnaissables d'ici 20 ans ou moins" et se demande s'ils sont "suffisamment forts pour rester des alliés fiables".
Le message général de l'isolationnisme américain n'est pas toujours appliqué de manière cohérente. La NSS appelle à la "prééminence" des États-Unis dans l'hémisphère occidental, et en particulier en Amérique latine, en déclarant : "Nous récompenserons et encouragerons les gouvernements, les partis politiques et les mouvements de la région qui s'alignent largement sur nos principes et notre stratégie."
Réorientation de la politique étrangère américaine
Même si ces objectifs stratégiques ne se traduiront pas nécessairement en politiques concrètes, leur formulation explicite marque un changement radical par rapport à la NSS publiée par Biden en 2022. Andrew Payne a déclaré qu'elle « représente un rejet fondamental et explicite des stratégies de sécurité nationale élaborées depuis au moins la fin de la guerre froide », avant d'ajouter : "ce qui ressort le plus clairement, c'est ce qu'elle n'est pas : l'orthodoxie internationaliste libérale traditionnelle qui a soutenu la grande stratégie américaine pendant des décennies."
Elle est naturellement plus proche de la dernière tentative de Trump en 2017. Mais pour Rubrick Biegon, professeur de relations internationales à l'université du Kent en Angleterre, cela correspond aux changements plus généraux de son second mandat.
"Cela semble correspondre au type de changement opéré par Trump vers Trump 2.0. Je pense que le document stratégique est plus proche de la vision du monde idiosyncrasique de Trump que celui de 2017", a-t-il déclaré à la DW, ajoutant que cela s'expliquait en partie par le fait que "Trump est plus à l'aise dans sa position cette fois-ci et qu'il est davantage entouré de sa propre équipe que de figures de l'establishment".
Réactions européennes
En Russie, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a salué ce document comme étant "largement conforme à notre vision“ et constituant une "avancée positive“.
D'autres en Europe se sont montrés beaucoup plus inquiets. L'ancien Premier ministre suédois Carl Bildt a déclaré que le document "se place à droite de l'extrême droite“.
La réaction des politiciens européens actifs a généralement été de minimiser l'importance du document. Et ce, malgré le fait qu'il renforce les attaques de Trump contre l'Europe lors de son discours à l'ONU au début de l'année, lorsqu'il a déclaré : "l'Europe est en grande difficulté. Elle a été envahie par une force d'immigrants clandestins comme personne n'en a jamais vu auparavant.“
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré que son pays n'avait pas besoin de "conseils extérieurs“ après la publication de la NSS. Mais il a ajouté que les États-Unis restaient "notre allié le plus important au sein de l'alliance [de l'OTAN]“ et a déclaré : "je pense que les questions relatives à la liberté d'expression ou à l'organisation de nos sociétés libres n'ont pas leur place [dans la stratégie], en tout cas en ce qui concerne l'Allemagne.“
La chef de la politique étrangère de l'UE, Kaja Kallas, a tenu des propos similaires. "Nous n'avons pas toujours été d'accord sur différents sujets, mais je pense que le principe général est toujours là“, a déclaré Kaja Kallas en assurant que "nous sommes les plus grands alliés et nous devons rester unis".