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CatastropheTurquie

Normes antisismiques, le pouvoir turc accusé d’inaction

Marco Wolter | Avec agences
10 février 2023

Ankara est critiqué pour ne pas avoir suffisamment préparé le pays à des nouvelles catastrophes depuis le séisme d'Izmir qui avait 17 000 morts en 1999.

Recep Tayyip Erdogan rencontre des survivants du séisme à Kahramanmaras
Recep Tayyip Erdogan s'est rendu dans la région sinistréeImage : Mustafa Kamaci/AA/picture alliance

Plus de 22 300 morts : le bilan humain ne cesse de s’alourdir après le séisme qui a frappé la Turquie et la Syrie en début de semaine. L’aide humanitaire peine toujours à arriver en Syrie, un pays en guerre, et où l’on s’inquiète désormais de la propagation du choléra dans ces zones dévastées. Seul un point de passage est ouvert à la frontière avec la Turquie pour acheminer des vivres et du matériel. 

Le régime de Bachar Al Assad vient toutefois d'accepter que de l'aide internationale soit acheminée vers le nord-ouest du pays, dans une zone rebelle qui échappe au contrôle de Damas. 

En Turquie en revanche, l’aide internationale arrive massivement et les fonds de soutien financier se mettent en place.  

Cette photo aérienne montre le niveau de destruction dans la ville syrienne de Harim dans la province d'Idleb, contrôlée par les rebelles Image : OMAR HAJ KADOUR/AFP/Getty Images

L’espoir s’amenuise 

Dans le même temps, le président turc fait face à de nombreuses critiques sur la lenteur des opérations et le manque de matériels de secours. 

Recep Tayyip Erdogan a d’ailleurs reconnu pour la première fois des manquements dans la réponse à cette catastrophe, en concédant que les secours "ne vont pas aussi vite qu’espéré”. 

A Adiyaman, une ville proche de l’épicentre, des rescapés racontent que les premiers secours auraient quasiment mis deux jours pour arriver. 

Or, dans ce genre de catastrophes, chaque minute compte. 90% des survivants sont secourus dans les 72 heures qui suivent un séisme. Après, la porte se referme, d’autant plus en cas de répliques et lorsque les conditions météo sont mauvaises, comme c’est le cas dans la zone affectée, frappée par des températures glaciales.  

Des dizaines de tentes ont été installées près de Kharamanmaras, dans le sud de l'AnatolieImage : Kamran Jebreili/AP Photo/picture alliance

Des miracles 

Ainsi, chaque nouvelle vie sauvée s’apparente désormais à un miracle, cinq jours après le tremblement de terre. En Syrie, on a appris ce vendredi le sauvetage d’un enfant de cinq ans, sorti vivant des décombres.   

En Turquie, une femme d’une quarantaine d’années a été retirée d’un bâtiment effondré après 100 heures passées sous les gravats, couchée sur le ventre à côté de proches qui n'ont pas eu la chance de survivre. Pendant plus de 50 heures, des secouristes étaient en contact avec elle et tentaient de se frayer un chemin.  

"Il faut s’imaginer l’horreur vécu par cette femme, explique un secouriste de l’ONG allemande ISAR. Cela faisait 50 heures qu’elle entendait le bruit et les marteaux des secouristes au-dessus d’elle."

Constructions sauvages  

Au-delà de la lenteur de secours, c’est l’inaction du pouvoir turc depuis la précédente catastrophe en 1999 à Izmir, qui est critiquée. Beaucoup se demandent à quoi a servi l’impôt pour les séismes qui avait été instauré pour mieux construire dans les zones à risque.   

Le leader du principal parti d’opposition, Kemal Kiliçdaroglu, a ainsi accusé le président Erdogan de pas avoir préparé le pays ces 20 dernières années. Sa vidéo sur Twitter a été vue plus de six millions de fois.

Le séisme d'Izmir, près d'Istanbul, avait duré 45 secondes et fait 17 000 victimes Image : Enric Marti/picture alliance

Selon un ancien chef de la chambre des ingénieurs en bâtiment turc, les inspections sont bien trop rares pendant que des étages non conformes sont ajoutés à des immeubles existants, ce qui les alourdit. Construire selon les normes antisismiques coûte de l’argent, que de nombreuses entreprises du bâtiment ne sont pas prêtes à investir.