L'UE valide un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine
24 avril 2026
La scène en dit long sur le soulagement de la majorité des leaders européens depuis la défaite électorale de Viktor Orban et le retour à un pouvoir pro-européen en Hongrie.
S'exprimant lors du sommet informel des dirigeants de l'Union européenne (UE) à Chypre, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, lance ainsi : "Pour la première fois depuis des années, il n'y avait pas de Russes dans la salle, si vous voyez ce que je veux dire".
La référence à Viktor Orban, le plus proche allié du Kremlin en Europe, est évidente. L'administration de l'ancien chef du gouvernement nationaliste hongrois est même accusée d'avoir divulgué des informations confidentielles à Moscou, livrant quasiment en temps réel le contenu des discussions entre les 27 à Vladimir Poutine.
Depuis l'hiver dernier, la Hongrie de Viktor Orban a ainsi bloqué le versement d'un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine.
Budapest avait par ailleurs conditionné son accord à la reprise des livraisons de pétrole russe, via l'oléoduc Droujba, transitant par l'Ukraine. Endommagé au début de l'année par des frappes russes, Kiev était accusé par Viktor Orban de faire traîner les réparations, en représailles au blocage du prêt européen.
Mercredi (23.04), l'Ukraine a finalement annoncé la reprise des livraisons via ce pipeline de 5.500 kilomètres, ce qui en fait le plus grand du monde. Jeudi, la Hongrie a ainsi renoncé à son droit de veto.
Nouveau train de sanctions contre la Russie
Ce prêt de 90 milliards d'euros est garanti par le budget de l'UE. Il doit permettre à l'Ukraine de financer sa guerre de résistance contre la Russie jusqu'à fin 2027. L'enveloppe se partage ainsi : 60 milliards seront consacrés à l'armée et 30 milliards pour assurer le fonctionnement de l'État.
La Hongrie, mais aussi la Slovaquie, qui est également dépendante de l'oléoduc Droujba et du pétrole russe, ont par ailleurs levé leur veto à l'adoption d'un nouveau paquet de sanctions contre la Russie.
Ce 20e train de sanctions depuis le début de l'invasion l'Ukraine, en février 2022, vise notamment le secteur bancaire russe. Bruxelles ajoute aussi de nouvelles restrictions aux exportations de pétrole russes qui financent la machine de guerre de Moscou.
Une cinquantaine de nouveaux navires ont été placés sur la liste recensant les bateaux de la "flotte fantôme", utilisée par la Russie pour contourner les sanctions occidentales. Ces tankers, souvent très vieux, passent régulièrement sous les radars en ne communiquant pas leurs positions.
La liste de l'UE comprend désormais plus de 630 navires qui sont tous interdits d'entrer dans les ports européens.
Volodymyr Zelensky maintient la pression sur l'UE
Le président ukrainien s'est rendu à Chypre pour célébrer le déblocage du prêt. Volodymyr Zelensky s'est dit "très reconnaissant” et espère un premier versement avant l'été.
Mais il a aussi mis la pression sur l'Europe, en réaffirmant que l'Ukraine méritait "une pleine adhésion" à l'UE et pas de simples "avantages symboliques".
Les Européens se montrent toutefois très prudents sur le sujet, les procédures d'adhésion étant longues et exigeantes.
Comme l'a résumé le Premier ministre du Luxembourg, certes "l'Ukraine fait partie de la famille européenne, mais sur le chemin de l'adhésion, chaque pays doit remplir un certain nombre de conditions. Il n'y a pas de raccourcis".
Pour pouvoir adhérer au bloc, les Etats doivent généralement mener des réformes institutionnelles et économiques. La corruption et l'État de droit sont un thème prédominant. Or, les récents scandales de corruption au plus haut niveau de l'État ukrainien sont venus rappeler que l'Ukraine avait encore du chemin à parcourir.
Ainsi, le chef du gouvernement belge a également écarté toute idée d'une procédure accélérée.