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"Un sommet Poutine, Trump, Zelensky ne servirait à rien"

20 août 2025

Le diplomate allemand Wolfgang Ischinger analyse les efforts diplomatiques pour faire cesser la guerre entre la Russie et l'Ukraine.

Un manifestant indien réclame la fin de la guerre en Ukraine en brandissant les portraits de Volodymyr Zelensky (à droite) face à Vladimir Poutine (à gauche) aux couleurs de leur pays respectif et surmontés du slogan "stop the war"
Les deux présidents seraient prêts à se rencontrer. Mais sous quelles conditions? Et avec quels objectifs?Image : Sanjeev Gupta/SOPA Images/ZUMA/picture alliance

Les réunions se sont multipliées, ces derniers jours, en Alaska, à Washington et en Europe, pour tenter de trouver une issue négociée à la guerre entre la Russie et l'Ukraine.

Donald Trump espère organiser une rencontre à trois, pour réunir Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky, qui ne se sont pas rencontrés depuis 2019.

Des sources proches du Kremlin affirmaient ce matin que le président russe aurait donné son accord de principe à cette rencontre tripartite. Le président ukrainien, lui, réclame des "garanties de sécurité" à ses alliés.

Si le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul (CDU), se dit optimiste quant aux "chances de paix" pour l'Ukraine, d'autres experts sont plus prudents.

Poutine veut-il la paix ?

C'est le cas de Wolfgang Ischinger. Interrogé par nos confrères de Deutschlandfunk, cet ancien ambassadeur d'Allemagne aux Etats-Unis, et ex-chef de la Conférence de Munich sur la sécurité, dit voir "aucun indice qui montre que Vladimir Poutine veut arrêter la guerre".

"Pourquoi le ferait-il, d'ailleurs", demande le diplomate. Surtout si les Occidentaux n'augmentent pas les pression sur Vladimir Poutine, l'armée ou encore l'économie russe. 

Wolfgang Ischinger recommande de commuer l'Ukraine en "porc-épic" pour que le tigre russe n'ose plus s'y frotterImage : DW

"Je constate pour l'instant que, certes, en Alaska et à Washington, on a pu empêcher que l'Ukraine ne soit soumise à un chantage de la part de la Russie et l'Ukraine n'a effectivement pas été contrainte à faire des concessions", reconnaît Wolfgang Ischinger.

"Mais pour ce qui est de progresser vraiment vers la paix, vers un cessez-le-feu, ça, je ne le vois pas, malheureusement."

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Wolfgang Ischinger n'est pas favorable à l'envoi de troupes allemandes ou de l'Otan en Ukraine. D'abord, il en faudrait des dizaines de milliers pour cela serve à quelque chose. Mais surtout, cela ne ferait, selon lui, que provoquer la Russie dont l'Otan reste la ligne rouge absolue.

C'est pourquoi, pour le diplomate, "il est bien plus important d'équiper l'Ukraine pour qu'elle-même puisse se défendre et c'est là la principale garantie de sécurité qu'on puisse lui donner".

"Des entreprises allemandes, notamment, sont déjà en train de construire des usines en Ukraine, pour ne pas avoir à acheminer le matériel militaire dont elle a besoin sur des milliers de kilomètres, mais de le produire directement sur place. L'Ukraine a besoin de plus d'armes, d'un système de protection anti-aérien, de munitions...", assure-t-il.

Le tigre et le porc-épic

Le diplomate préconise donc de s'en tenir à la ligne actuelle des Occidentaux : l'Ukraine doit être défendue avec une telle détermination que le Kremlin en arrive au constat que cette guerre n'est pas "gagnable".

"J'aime l'image que quelqu'un a employée un jour : celle du porc-épic. Il faut commuer l'Ukraine en porc-épic de telle façon que le tigre n'ose pas s'y frotter, de peur de se faire mal", explique-t-il.

Quant à l'idée d'un sommet entre les trois présidents américain, russe et ukrainien, Wolfgang Ischinger estime qu'il ne serait qu'une occasion de plus pour Vladimir Poutine d'alimenter sa propagande et pour Donald Trump de continuer à rêver du prix Nobel de la paix.

En revanche, le diplomate estime qu'une telle rencontre de chefs d'Etat pourrait effectivement aboutir à la signature d'un accord - au moins de cessez-le-feu - si le texte est préparé aussi longuement que nécessaire, dans le moindre détail et par des experts de chacun des pays impliqués, y compris européens.