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Ulrich Siegmund, l'extrême-droite version bonne humeur

Marco Wolter | Avec agences
27 août 2026

En Saxe-Anhalt, l'étoile montante de l'AfD pourrait devenir le premier chef d'un gouvernement régional d'extrême droite en Allemagne.

Ulrich Siegmund alors d'un événement de campagne, le pouce levé, un large sourire.
Aux élections régionales de Saxe-Anhalt, le 6 septembre, puis à celles de Berlin et de Mecklembourg-Poméranie, le 20 septembre, l'AfD, fondé en 2013, est attendu en très forte hausse. Image : Christian Schroedter/IMAGO

La couverture du magazine Der Spiegel du 14 août dernier est conçue comme un avis de recherche. On y voit la photo d'Ulrich Siegmund, que l'hebdomadaire désigne comme "l'homme le plus dangereux d'Allemagne". 

Le jeune candidat de l'AfD pourrait devenir le premier chef d'un gouvernement régional d'extrême droite en Allemagne à l'issue des élections dans le Land de Saxe-Anhalt (l'Allemagne est composée de 16 Etats fédérés appelés Länder), dans l'est de l'Allemagne, le 6 septembre prochain. 

Le Spiegel, une publication de tradition centre-gauche, dit avoir voulu alerter sur le danger qu'Ulrich Siegmund représente pour les valeurs démocratiques du pays. Mais le jeune homme politique de 35 ans, au physique athlétique, les yeux bleus et les cheveux plaqués en arrière, a su en tirer profit.

En habitué des selfies, des séances d'autographe, comptant plus de 800 000 followers sur TikTok, il s'est emparé de la couverture qu'il a qualifié de "très bonne publicité". Sur Instagram, il a partagé une vidéo sur laquelle il signe un exemplaire du magazine. 

Depuis, ses partisans se pressent à ses meetings de campagne avec, en main, un exemplaire du Spiegel, qu'Ulrich Siegmund signe, toujours avec un large sourire. Car la bonne humeur affichée est la marque de fabrique des apparitions en public de l'étoile montante de l'AfD. 

L'AfD est très loin devant dans les sondages dans le Land de Saxe-Anhalt.Image : Klaus-Dietmar Gabbert/dpa/picture alliance

Devant ses partisans, le contenu passe au second plan pour l'ancien commercial, qui est passé par une entreprise de parfums d'intérieur, à Berlin, avant de revenir vivre en Saxe-Anhalt. 

Comme l'écrit le journal autrichien Neue Zürcher Zeitung, sa réaction à la une du Spiegel est "d'autant plus remarquable pour l'AfD, dont les membres et les responsables ont parfois tendance à s'offusquer facilement. Là où d'autres réagissent par le repli sur soi, la froideur glaciale ou l'agressivité, il s'est forgé une autre stratégie : une gentillesse désarmante."  

Et la méthode fonctionne. La formation politique opposée à l'immigration, pro-russe et pro-Trump, domine les sondages avec plus de 40 % des intentions de vote, contre à peine un peu plus de 20 % pour les conservateurs de la CDU.  

La DW a suivi Ulrich Siegmund lors de sa campagne électorale. Lorsqu'il se présente sur les places de marché et que la foule lui sourit, il lui rend son sourire. Il serre des mains, fait de petites blagues. "Je ne sais pas quand, pour la dernière fois, on a enregistré un taux de popularité aussi élevé, même chez les jeunes. C'est tout simplement énorme", s'enthousiasme Ulrich Siegmund dans une interview à la DW.

En Saxe-Anhalt, tout comme dans les autres régions qui constituaient l'ancienne Allemagne de l'Est, l'AfD capitalise sur le sentiment de déclassement des habitants, alors que plus de 35 ans après la réunification, le pays connaît encore des différences de développement économique notables entre l'Ouest et l'Est. 

A Magdeburg, la capitale de Saxe-Anhalt, des commerçants d'origine étrangère ont fermé temporairement leurs boutiques à Magdebourg pour mettre en garde contre l'extrême droite.Image : Monika Stefanek/DW

Dans ce contexte, l'AfD réussit à se présenter comme le défenseur d'une identité est-allemande. 

Ainsi, un dimanche sur quatre pendant la campagne électorale, Ulrich Siegmund a invité ses électeurs à le suivre en Simson. Cette petite moto, jadis conduite par la jeunesse de la RDA, a été érigée en symbole de cette identité, bien que la marque ait été fondée par une famille juive ayant fui l'Allemagne nazie et dont les descendants dénoncent aujourd'hui la récupération politique faite par l'AfD. 

Pendant ces virées résonne parfois une chanson du DJ italien Gigi D'Agostino, détournée en Allemagne par les identitaires qui remplacent les paroles du refrain par "L'Allemagne aux Allemands, les étrangers dehors". Certains motocyclistes qui suivent Ulrich Siegmund portent des casques de la Seconde Guerre mondiale et agitent des drapeaux allemands. 

L'AfD est régulièrement accusée de reprendre à son compte des codes et terminologies de l'Allemagne nazie. Et lors de ses meetings électoraux, Ulrich Siegmund n'hésite par ailleurs pas à côtoyer les symboles néonazis et les partisans de l'extrême droite. La DW l'a vu, lors de ses interventions, bras dessus bras dessous avec des hommes portant des vêtements typiques de ce milieu ou arborant des tatouages caractéristiques de ce milieu, comme le "Soleil noir", un symbole mondialement reconnu des néonazis.

Berlin a mis en garde jeudi contre toute idéalisation de la RDA, sur fond de nostalgie croissante de l'Allemagne communiste dans l'est du pays.Image : Hendrik Schmidt/dpa/picture alliance

Et si l'AfD venait effectivement à prendre le pouvoir après les élections régionales ? "De nombreux éléments indiquent très clairement que si l'AfD entrait au gouvernement, elle ferait de la Saxe-Anhalt un laboratoire d'expérimentation", analyse David Begrich, de l'association "Miteinander" ("Ensemble"), lors d'un entretien avec la DW. "Jusqu'où peut-on aller dans la suspension des règles écrites, mais peut-être plus important encore, des règles tacites de la culture démocratique dans un Land ?" demande-t-il.

Derrière son apparence inoffensive, Ulrich Siegmund compte dérouler le programme drastique de l'AfD.

"L'immigration incontrôlée est l'un des plus grands problèmes de ce pays", explique Ulrich Siegmund lors de l'une de ces sorties. Il promet "de rendre la vie aussi difficile que possible à ceux qui veulent profiter de nous".

Il veut instaurer une obligation de travailler pour les demandeurs d'asile, mettre fin aux financements publics pour les ONG et compte couper les vivres à la radio et télévision publiques dans sa région. "Nous voulons enfin mettre un terme à cette influence woke, anti-allemande et manipulatrice", avait-il déclaré l'an dernier.

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