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Erdogan plus fort que jamais en Turquie

Julie Truchet
14 juillet 2017

Le coup d'Etat avorté s'est soldé par une reprise en main à tous les niveaux de l'Etat turc, laissant le président Erdogan seule maître du jeu.

Türkei Putschversuch
Le pont du Bosphore : les citoyens font face à l'armée turque.Image : picture-alliance/abaca/F. Uludaglar

Le 15 juillet 2016, un vendredi, à 22 heures, il est clair que quelque chose ne va pas. Des hélicoptères survolent Istanbul et Ankara. Un peu plus tard, on entend le tonnerre des avions de combat.

À Istanbul, des soldats bloquent le pont sur le Bosphore avec des camions et des chars. D’autres bouclent l'aéroport Atatürk.

C’est l'affrontement sanglant de l'armée et des citoyens. Dans la capitale, Ankara, des avions de guerre bombardent le Parlement et attaquent le palais présidentiel.

Le président Recep Tayyip Erdogan se manifeste par une vidéo prise avec son portable depuis son lieu de vacances à Marmaris. Cette vidéo est alors diffusée en direct à la télé turque.

Recep Tayyip Erdogan via Facetime à la télé turque.Image : Screenshot/CNN Turk/Reuters

"Je demande à notre peuple à venir aux lieux publics et aux aéroports et de faire front à ce petit groupe de rebelles", explique-t-il, le teint blême.


Les gens suivent son appel par milliers. Des scènes cruelles se déroulent. Des tireurs d'élite tirent sur des civils.
Peu à peu, le peuple réussit à pousser les soldats de retour.

Au petit matin, le cauchemar est terminé. Cette nuit-là meurent 249 civils et policiers. Le nombre de rebelles tués n’est jamais mentionné officiellement.

50.000 arrestations

Déjà lors du coup d'État, la direction turque a accusé le mouvement Gülen d'être responsable. Pourtant, l’AKP d’Erdogan avait collaboré avec l'organisation Gülen durant de nombreuses années en permettant à leurs partisans d'infiltrer les institutions de l'État, dit le député du CHP, qui est le principal parti d'opposition, Sezgin Tanrikulu :

Sezgin Tanrikulu, membre du Parti républicain du peuple (CHP).Image : Getty Images/AFP/O. Kose

"Ils ont formé une coalition secrète. Ils sont fortement responsables. Maintenant, ils disent : ‘Vous avez eu tort’. Est- ce que quelqu'un peut-il se tromper dans l'état si souvent ?"

Pendant que le peuple fêtait sa victoire sur les putschistes, le président Erdogan saisissait l'occasion de ce putsch manqué pour créer un régime présidentiel et mettre en place de sévères purges.

160.000 employés du gouvernement sont suspendus ou révoqués. Non seulement des militaires et policiers mais aussi des enseignants, des professeurs d'université, des juges, des procureurs et même des sages-femmes.

L'armée a été purgée et près de 50.000 personnes ont été arrêtées. 180 médias ont été fermés, quelque 170 journalistes sont en prison.

L'enquête sur le putsch laisse des questions sans réponses. Comment se fait-il que les préparatifs aient échappé aux services de renseignements ? Pourquoi le président Erdogan n'a-t-il pas été informé dans l'après-midi du 15 juillet des mouvements suspects au sein de certaines unités de l'armée ? Pourquoi la tentative de coup d'État a commencé dans la soirée, quand les villes et les rues étaient pleines et non pas, comme d'habitude, la nuit?

Une commission d'enquête devait clarifier ces questions. Mais cela n’a jamais été fait. La majorité de l’AKP aurait empêché que les témoins clés soient  convoqués dans la Commission, a expliqué l’amiral Türker Ertürk.

"On forcé les rebelles à démarrer la tentative de coup d'État trop tôt », ffirme-t-il. « Et ceci pour que le coup d’Etat se développe d’une manière contrôlée. Pourquoi? Pour permettre ce qu'ils voulaient faire dans un second temps."

Une chose est sûre : depuis ce coup d’État manqué, le président Erdogan contrôle désormais tous les rouages du pouvoir en Turquie.