Immigration : un chancelier doit "peser ses mots"
29 octobre 2025
En Allemagne, des milliers de personnes sont allées manifester, le week-end dernier, pour dénoncer des propos hostiles à l'immigration du chancelier.
Friedrich Merz a expliqué que l'immigration "était encore un problème dans le paysage urbain allemand", laissant à chacun le soin d'interpréter ce qu'il voulait dire exactement. Une phrase qui a entraîné un fort rejet.
Après les manifestations, le chancelier a une nouvelle fois été interrogé sur le sujet et a défendu ses propos, en pointant, selon lui un problème, "à la tombée de la nuit".
Au-delà de cette sortie, Friedrich Merz adopte des positions de plus en plus tranchées sur l'immigration, alors qu'une série d'élections régionales vont rythmer l'année prochaine en Allemagne.
Pour en parler, notre invité de la semaine est le politologue Dominik Grillmayer de l'Institut franco-allemand de Ludwigsbourg(DFI).
DW : Avez été surpris par cette sortie et ces déclarations du chancelier ?
Dominik Grillmayer : Je n'ai pas été tout à fait surpris parce que ce n'est pas la première fois que M. Merz tient de tels propos. On se souvient que le chancelier Scholz a souvent été critiqué car il n'a pas beaucoup parlé aux gens. Mais les propos de M. Merz montrent plutôt qu'il est très important, notamment pour un chancelier, de peser ses mots.
Je crois que ce qu'il veut dire et ce qui est compris et même soutenu par une majorité de la population (selon un sondage, 63% des interrogés donnent raison à M. Merz après ses déclarations, ndlr), c'est qu'il y a des problèmes avec des délinquants aussi d'origine étrangère dans l'espace public, dans les centres-villes, notamment autour des gares par exemple, qui provoquent parfois un sentiment d'insécurité dans la population.
Mais Friedrich Merz a suggéré qu'on pourrait résoudre ce problème en renforçant les expulsions d'immigrés. Et c'est cela qui est digne de critiques. Car c'est faux. Il n'y a pas de solution simple. Les solutions simples mais complètement irréalistes sont la spécialité de l'extrême droite. Or, c'est complexe. Et les propos n'étaient pas assez clairs. Voilà pourquoi cela a vraiment créé une polémique.
Pensez-vous que c'est quelque chose qu'il a dit à l'emporte-pièce, ou que c'est finalement une sortie calculée ?
On peut toujours se poser la question, mais en fin de compte, je crois que ce qu'il souhaitait vraiment, c'est montrer que son gouvernement a la volonté d'être efficace pour démontrer qu'il est absolument possible de résoudre les problèmes souvent complexes auxquels la société allemande est confrontée.
L'autre aspect est de rendre obsolète un vote en faveur de l'extrême droite. Mais les propos qu'il a tenus n'étaient certainement et clairement pas utiles. Cela peut en fait donner l'impression que l'immigration en elle-même est un problème, ce qui est bien sûr faux. En fin de compte, il n'y a absolument rien à gagner si l'on emprunte le langage des populistes.
Arrive-t-on à lutter contre l'AfD, contre l'extrême droite, en travaillant sur ce terrain de l'immigration ? Est-ce que cela fonctionne dans les urnes ?
Je crois qu'il est absolument légitime de travailler sur la question de l'immigration si on se pose les questions justes et si on commence à agir, à résoudre les problèmes. C'est la question de l'efficacité et de l'output de la politique voulue par M. Merz.
Mais il faut vraiment être clair sur ce qu'on dit et sur ce qu'on fait. Dans un certain nombre de pays en Europe et dans le monde, on s'est toujours rendu compte que lorsque l'on copie les extrêmes, cela ne paie pas dans les urnes, pas du tout.
Dans les discours politiques, et on l'a vu surtout pendant la dernière campagne pour les législatives, l'immigration très souvent liée aux questions sécuritaires. C'est devenu une explication ou une façon de légitimer les fermetures de frontières et tout un ensemble de mesures. Trouvez-vous que Friedrich Merz pousse là encore un peu plus loin les limites de l'amalgame qui est fait entre immigration, personnes issues de l'immigration et l'insécurité ?
Là encore, à mon avis, ce n'est pas vraiment son intention et c'est aussi contre-productif. J'ai l'impression qu'il le sait, qu'il devrait le savoir. En fait, il faut travailler sur l'immigration illégale, c'est ce que la population attend aussi.
Et en même temps, il ne faut pas donner l'impression que l'immigration en elle-même soit un problème, puisque ce n'est pas un problème. C'est même une condition sine qua none pour que le marché du travail en Allemagne fonctionne bien.
Frédéric Merz le sait. Donc il va travailler sur les deux côtés, c'est à dire renforcer l'immigration pour combler les problèmes en Allemagne de la pénurie de main-d'œuvre et en même temps donner un signal à la population qu'on est clairement capable de gérer les flux migratoires en Europe.