L’urbanisation en cause en Guinée après le drame de Conakry
24 août 2026
À Dar-es-Salam, à Conakry, le décor est celui d’un drame qui a frappé les habitants de ce quartier. Dans la nuit de samedi à dimanche, vers deux heures du matin, une partie de la décharge s’est effondrée sous l’effet des fortes pluies. Des habitations installées au pied du site ont été ensevelies. Plusieurs familles ont été frappées en plein sommeil.
"La conséquence de la pression démographique"
Quelques jours avant le drame, les autorités avaient ordonné l’évacuation des populations vivant aux abords de la décharge. La fermeture du site était même programmée pour ce dimanche 23 août, le jour même de l’éboulement.
Mais pour Ibrahima Aminata Diallo, acteur de la société civile guinéenne, ces mesures sont arrivées trop tard. Il affirme que les riverains avaient déjà alerté les autorités et organisé des actions pour demander la sécurisation du site.
"Un éboulement tragique pour la énième fois, il faut le dire ainsi. Le drame a fait une trentaine de morts. Je pense que cela interroge, encore une fois, la politique gouvernementale de logement en Guinée, parce que vous n'êtes pas sans savoir que c'était un lieu où toutes les prémices (d’un drame) étaient là. Je pense qu’à ce niveau, c’est la conséquence de la pression démographique de l'habitat en Guinée, surtout de l'habitat précaire. Donc tout cela, encore, questionne la politique de logement dans notre pays", dit Ibrahima Aminata Diallo.
Urbanisation non maîtrisée
Pour les spécialistes de l’urbanisme, le drame est en effet le résultat d’une urbanisation non maîtrisée. Des populations vulnérables ont pris le risque de vivre à proximité immédiate d’un site dangereux, dans un contexte de précarité et de manque de logements accessibles.
"La responsabilité est partagée. La population en a une part parce que la majeure partie d’entre elle ne trouve pas de permis de construire. Il faut des permis de construire et les permis de construire demandent des règles. Des règles, par exemple, sur le sondage. Il faut qu'il y ait des études géologiques de façon générale pour la capitale, pour qu'on puisse identifier les zones à risque, les zones inondables et qu’on ne puisse pas construire (n’importe où), que les gens puissent respecter les règles de la construction. Évidemment, les bidonvilles se créent partout. Il faut qu'on essaie de freiner ça", estime Mamadou Yaya Diallo, urbaniste.
À Dar-es-Salam, la catastrophe pose donc une question qui dépasse la seule gestion des déchets : comment empêcher que des populations continuent à vivre au pied de sites identifiés comme dangereux ? Le gouvernement assure avoir mobilisé les secours et annonce le relogement des familles encore présentes dans la zone.
Mais pour les habitants, après ce nouvel éboulement, le débat porte désormais sur la fermeture effective de la décharge, le relogement des riverains et surtout, la prévention d’un prochain drame.