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Fin de l'USAID: "L'Afrique ne doit pas rester attentiste"

20 janvier 2026

Interview avec Ulrich Mvate, directeur exécutif de l'ONG Humanity First au Cameroun Plus, qui s'occupe notamment des personnes malades du VIH/Sida.

Juba 2015 | Chercheur du centre de santé Munuki, en Afrique du Sud, regardant dans un microscope (archive)
Selon Ulrich Mvate, les Africains doivent se concerter pour s'émanciper de leur dépendance à l'aide internationale en matière de santéImage : Rick D'Elia/ZUMA Press/IMAGO

Donald Trump a entamé son deuxième mandat à la Maison blanche il y a un an, jour pour jour [20.01.26], et déjà son action a causé de profonds bouleversements dans le monde. Parmi les exemples les plus frappants, il y a sans doute les répercussions de la suppression progressive de l’USAID.  

En Afrique, la baisse des financements américains se fait déjà cruellement sentir : le continent était l’un des principaux bénéficiaires deusaidvih

l’aide américaine. Sandrine Blanchard a interrogé Ulrich Mvate sur la manière dont l'Afrique pourrait réagir face à cette baisse des aides. Il est le directeur exécutif de l'ONG Humanity First Cameroun Plus, une structure qui vient notamment en aide aux personnes malades du VIH/Sida.

Interview Ulrich Mvaté Cameroun

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Interview d'Ulrich Mvate de Humanity First Cameroun Plus

 

DW : Ulrich Mvate, quelles sont les répercussions que, vous, dans votre domaine d'action vous avez pu ressentir au Cameroun suite à la suppression de l'aide américaine l'USAID?

Le Cameroun continue quand même de dispenser les antirétroviraux. Par contre, la PrEP, la prophylaxie pré-exposition au VIH, il n'y en a plus. On continue tout de même de faire des dépistages, même si le taux de personnes dépistées a drastiquement baissé, surtout en ce qui concerne les communautés [rurales].

Parce qu'il faut dire que le projet avec le Pepfar (Plan d'urgence du Président des États-Unis pour la lutte contre le SIDA) et l’USAID était beaucoup plus axé sur les communautés et donc finançait plusieurs choses autour du VIH, notamment le dépistage en lui-même, la prévention, le lien au traitement, le suivi des patients et tout cela.

Et tous ces éléments que je viens de citer là, ont été arrêtés. Aujourd'hui on se rend compte qu'il y a beaucoup de personnes qui ne prennent plus les ARV parce que les organisations à base communautaire qui étaient financées par le Pepfar ont fermé pour certaines et qui accompagnaient beaucoup de patients pour vivre avec le VIH.

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DW : Il y avait aussi tout un volet de prise en charge psychologique des malades et de leurs proches. Qu'est-ce que ces activités-là sont devenues au-delà du domaine santé VIH?

Il y a aussi la santé mentale qui était pris en charge par ce volet de la USAID.  Malheureusement, ça a complètement été arrêté.

Au-delà de ça, des maladies connexes comme des maladies proctologiques qui étaient aussi entrée dans le circuit ont été arrêtées.

Les assistances sociales liées aux personnes vivant avec le VIH, qui sont rejetées par leurs familles ou bien par les membres de leurs communautés, qu'on offrait également ont été complètement arrêtées.

D'un autre côté, le Cameroun est avec nous. On a déjà élaboré avec le gouvernement camerounais  des plans de contingence qui vont tant bien que mal. On essaie de les suivre mais ce n'est pas évident parce qu’avec le Pepfar, il y avait beaucoup plus d'opportunités, beaucoup plus de marge de manœuvre pour pouvoir atteindre ces objectifs-là.

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DW : Comment réagir alors à cette suppression de l'aide américaine? Est-ce que, selon vous, il faudrait que les Etats africains revoient leurs partenariats internationaux, se tournent vers d'autres pays?

Déjà, je ne pense pas que trouver d'autres partenaires soit la solution parce qu’un partenaire l'ayant fait, les autres peuvent le refaire.

Le monde est en train de changer. Vous savez, les guerres par-ci, par-là.

Ce que le président américain a fait, je pense que c'est le moment pour les Africains, pour les présidents africains, pour les Etats africains d'ouvrir les yeux, de se rendre à l'évidence que de toutes les façons, la santé des populations africaines ne repose que sur les Etats africains.

 

DW : Donc, si je comprends bien, ce serait aux Africains de se sentir responsables de leur propre santé, d'essayer de voir quels sont leurs moyens d'action à eux dans ce domaine-là qui est primordial ?

On a beaucoup de capacités, les Etats ont beaucoup de marge de manœuvre, on est la matière première. Je parle de l'Afrique, on est la matière première du monde. On a tellement de choses qu'on peut mettre en avant.

Je pense que si on pousse un peu la réflexion un peu plus loin, on peut essayer nous-même déjà d'essayer de mobiliser des fonds propres pour pouvoir  prendre soin de notre santé à nous-mêmes et des populations africaines.

Au-delà de ça, on tente de mobiliser les fonds ailleurs. Je crois qu'aujourd'hui, les Etats Unis restent peut être la première puissance mondiale, mais il y a la Chine qui est là.

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J'ai pas envie de le dire, mais je crois que je peux le dire également : la Russie, même si ce serait la même rengaine. C'est mon point de vue mais si on veut absolument aller vers l'aide internationale, je crois que c'est vers ces pays-là qu'il faut se tourner.

Mais je le dis et je le redis encore, je pense que, nous étant la matière première du monde et ayant toutes les ressources qu'il faut qu'avec nos gouvernements de commun accord avec nous, les communautés et toutes les personnes inclues dans le circuit de la santé, on trouve des voies et moyens, et pas seulement pour le circuit de la santé.

On peut faire des rencontres multipartites avec toutes les parties prenantes parce que ça, ce n'est pas un problème de santé isolé, c'est un problème général.

Si la santé d'un pays n'est pas bonne, si les personnes vivent dans un pays n'ont pas une santé de fer, le pays ne peut avancer considérablement. Il faut qu'on se le dise.

Et je pense qu'il faut vraiment des rencontres multilatérales et multipartites pour pouvoir repenser un peu la stratégie de la santé globale.

Je pense qu'avec un peu de recul, un peu de réflexion poussée et une conjonction d'actions, on peut trouver le meilleur moyen de financer la santé en Afrique, du moins la majeure partie, et attendre le reste de l'aide internationale que l'Afrique ne reste pas attentiste, mais qu'elle y participe aussi de façon active à pouvoir faire avancer cet objectif de développement-là.

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