Veille de présidentielle en Egypte
6 septembre 2005
Certes, pour la première fois, Hosni Moubarak n’est pas le seul à se présenter à la présidentielle. Certes, les 32 millions d'électeurs inscrits ont le choix entre 10 candidats. Mais ce n’est qu’une esquisse de démocratisation entreprise sous la double pression des Etats-Unis et d'une opposition interne croissante. Hosni Moubarak lui-même a minimisé la portée de cette timide ouverture au pluralisme en déclarant en mars 2004: « Personne n'imagine qu'il suffise d'appuyer sur un bouton pour que les libertés arrivent. » Et justement les libertés en Egypte sont franchement menacées, à commencer par la liberté de religion ou d’expression, comme l’explique Katharina Nötzold, spécialiste de l’Egypte à la section allemande d’Amnesty International :
« La situation des droits de l’homme est dominée par les lois d’exception qui sont en vigueur depuis octobre 1981 et qui sont renouvelées tous les trois ans. Ces lois permettent d’interdire des manifestations, d’emprisonner des gens sans raison, ou de les traîner devant des tribunaux d’exception qui ne répondent absolument pas aux standards internationaux. »
Ces lois autorisent aussi la torture à l’encontre de personnes soupçonnées de terrorisme. Elles ont d’ailleurs été utilisées dans le cadre de la campagne électorale pour réprimer des manifestations de l’opposition et des ONG, mais aussi pour arrêter des détracteurs du régime Moubarak. Ses deux rivaux les plus connus, Ayman Nour – qui a lui-même été en prison pour avoir falsifié des signatures et Noamane Gomaa exigent que ces lois d’exception soient abolies. Katharina Nötzold :
« Les deux candidats se sont engagés en faveur des droits de l’homme. Ayman Nour a même demandé à ce que les 15 000 prisonniers politiques, qui ont été emprisonnés sans motifs, soient libérés. »
Ces détenus politiques, tout comme les 100.000 prisonniers de droit commun, ont été écartés du vote. L'Association pour l'aide juridique aux droits de l'Homme a déposé une plainte contre la Commission électorale, réclamant que les détenus politiques jouissent de leurs droits civiques. Mais le jugement vient d'être repoussé au 1er novembre, soit sept semaines après le scrutin.