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Les victimes, les grandes oubliées des violences sexuelles

Pascal Mapenzi
10 avril 2026

Dans l’est de la RDC, les violences sexuelles sont en hausse et les victimes, qui souvent n'osent pas signaler les abus, obtiennent rarement des réparations.

Une femme vue de dos parle à une autre femme.
(Photo d'illustration) Le nombre réel de victimes de violences basées sur le genre est généralement difficile à déterminer, car nombre de femmes n'osent pas signaler les abus.Image : DW

Dans l'est de la République démocratique du Congo, les cas de violences sexuelles continuent d'augmenter. Rien que pour la ville de Butembo, dans la province du Nord-Kivu, le Réseau pour les droits de l'Homme, le Redho, dit avoir enregistré, en 2025, 280 crimes de ce genre qui ont été portés devant la justice, dans un rapport rendu public à la mi-mars.

Il ne s'agit là que des plaintes déposées, en sachant que la quasi-totalité des femmes violées ne vont pas devant la justice.

Les militantes des droits des femmes dénoncent en effet les accords à l'amiable qui permettent aux auteurs de viol d'échapper à une condamnation, en échange du versement d'une indemnité financière. Une pratique qui se solde aussi, souvent, par des mariages forcés.

Ecoutez le reportage à Butembo...

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La lenteur de la justice

Muhindo Wasingya, le coordonnateur du Redho, s'inquiète notamment de la lenteur des procédures judiciaires qui favorise le recours à des accords à l'amiable entre les familles.

Selon lui, "la loi, elle-même, déclare que dans tout dossier de violences sexuelles, on ne peut pas faire de transaction, ou traiter cette question à l'amiable. C'est dans le souci de réprimer les auteurs. On a voulu publier ce rapport, en vue d'attirer l'attention des autorités et de la communauté. Le Redho recommande à l'État congolais de prendre cette question au sérieux, mais aussi appelle les instances judiciaires à traiter les dossiers de violences sexuelles avec célérité".

Les militantes des droits des femmes, à Butembo, rappellent, quant à elles, que cette recrudescence est liée au conflit en cours dans l'est du pays.

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Depuis 2002, les Femmes juristes pour les droits de la femme accompagnent les victimes dans leurs démarches judiciaires. Elles sensibilisent également la population sur les lois relatives aux violences sexuelles. 

Mais pour la juriste Maguy Panza, plusieurs facteurs expliquent ces accords à l'amiable. Notamment le fait que souvent, c'est la famille, et non la victime, qui perçoit l'argent de l'indemnisation.

Elle note que "nous avons d'abord l'ignorance de la loi. Les violences sexuelles touchent surtout des personnes vulnérables qui sont pauvres. Mais il y a aussi le fait que les dommages et intérêts ne sont pas donnés aux victimes et c'est ce qui est à la base des arrangements entre les parties. Il y a aussi le fait que parfois, les victimes et ceux qui les accompagnent reçoivent des menaces et là, on est obligé de se désister. Aujourd'hui, la situation est aggravée par le conflit armé. De nombreux auteurs de viols sont des hommes porteurs d'armes et les victimes ont peur de poursuivre leur action en justice. Elles craignent les représailles".

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Des situations ubuesques pour les victimes

Rose Tuombeyane, une autre militante des droits des femmes à Butembo, regrette que, malgré les efforts des ONG, les victimes se heurtent à l'impunité de leur bourreau. Parfois, elles sont même forcées par leur famille d'épouser leur violeur.

"Il faut que tout le monde soit engagé : les jeunes, les femmes, les églises et qu'on les transforme en ambassadeurs de la tolérance zéro, non seulement pour les violences sexuelles, mais aussi contre ce danger d'arrangement à l'amiable qui conduit au mariage forcé, ou au mariage précoce, rappelle Rose Tuombeyane. On doit aussi arriver à documenter les cas de corruption pour, non seulement réprimer les auteurs, mais aussi sanctionner les juges qui trempent dans la corruption, ou dans la manipulation des procès. On sait que les auteurs achètent souvent leur liberté. Des dossiers sont classés sans suite ou manipulés. Donc on doit punir sévèrement, que ça soit une chasse à l'impunité"..

Pour les acteurs de la société civile, une répression exemplaire des auteurs de viol reste essentielle pour lutter efficacement contre les violences sexuelles en RDC où, selon les militantes, le soutien aux victimes a considérablement diminué.

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