En RDC, un fusil d'assaut pour quelques dizaines de dollars
24 octobre 2025
À Kinshasa, une recrudescence récente des actes criminels inquiète les habitants. Ces dernières semaines, la capitale a été en effet le théâtre de plusieurs attaques de banques et de commerces.
Le 16 octobre, une tentative de braquage a visé l'agence Rawbank, située place Victoire. Le 22 octobre, un magasin a été attaqué dans le quartier Bibwa, avec plusieurs milliers de dollars et des téléphones emportés. Enfin, le 24 octobre, la Maison communale de la N'Sele a été prise pour cible par des hommes armés.
Face à cette possible recrudescence de la criminalité, certains en profitent pour relancer le débat sur le port d'armes.
À Kinshasa, la récente recrudescence des attaques à mains armées pourrait ainsi être l'illustration, en l'absence de statistiques fiables, d'une hausse de la criminalité.
Des cambistes ont été dépouillés en plein jour, des clients de banque attaqués, des commerçants pris pour cible… Ces scènes sont devenues presque quotidiennes, nourrissant la peur et la colère dans une population déjà fragilisée par la crise économique.
Face à cette situation, la question de la sécurité publique revient avec insistance, et les propositions se multiplient.
Le responsable politique Prince Epenge, coordonnateur du parti ADD Congo, a profité de ce débat pour relancer la question de l'autorisation de porter des armes. Selon lui, "si l'État s'avoue vaincu, il n'a qu'à autoriser le port d'armes aux cambistes, aux banques, aux alimentations pour qu'ils se protègent. Et même, c'est une façon de réveiller l'État qui a démissionné. Nous croyons aussi que si ces cambistes et banques sont armés, ça peut créer un effet de dissuasion. Mais bien entendu, cette proposition, si elle est considérée, doit être encadrée."
Armer les civils est risqué
Une proposition choc, perçue par certains comme une provocation, mais qui traduit surtout la détresse d'une population en quête de protection.
Pourtant, plusieurs experts mettent en garde contre les risques d'une telle mesure.
Pour Naomie Kabita, économiste du développement, plaide pour une approche plus structurée, "la proposition d'armer les cambistes, comme suggérée par monsieur Prince Epenge, apparaît comme une solution risquée. Elle risque d'accentuer l'insécurité, plutôt que de l'endiguer. Armer des civils non formés pourrait entraîner des conflits non contrôlés. La véritable solution passe par un encadrement économique structuré, avec un État fort, et non par la prolifération des armes en milieu civil. Je recommande la sécurisation des zones de change, l'intégration des cambistes dans le système financier formel tel que les banques, coopératives, fintechs et surtout, le renforcement de la police de proximité."
Cette recrudescence des braquages met aussi en lumière une crise sociale plus profonde, comme l'explique le sociologue Anaclet Muhindo : "La montée des braquages à Kinshasa est le symptôme d'un malaise social global : pauvreté, chômage, inégalités, impunité et faiblesse institutionnelle. Dans un tel contexte, la tentation de chercher des moyens rapides d'obtenir de l'argent devient forte. Mais aussi, les familles sont souvent fragilisées, les repères moraux s'effritent et la confiance entre la population et les forces de l'ordre est très faible. Beaucoup de Kinois n'ont plus le réflexe de signaler ou de collaborer avec la police, parce qu'ils doutent de l'efficacité du système. À cela s'ajoute la question de la prolifération des armes, souvent issues des zones de conflit de l'est du pays, qui rendent la criminalité urbaine beaucoup plus dangereuse."
Un AK-47 pour 30 dollars
L'Enact, une ONG qui travaille sur le crime organisé, a ainsi récemment souligné qu'en raison du conflit dans l'est du pays, les AK-47 sont les armes les plus répandues en RDC, ces fusils d'assaut pouvant se négocier à seulement 30 dollars.
Pour Anaclet Muhindo, la réponse doit être globale, mêlant sécurité, justice et réformes sociales. Il note que "on ne peut pas combattre cette insécurité uniquement par la force. Sur le plan sécuritaire, il faut renforcer la police de proximité, mieux équiper les zones sensibles avec de l'éclairage public, et une présence policière visible. Ensuite, il faut s'attaquer aux causes profondes : tant qu'on aura des milliers de jeunes sans emploi, sans formation et sans espoir, on aura un réservoir potentiel pour la criminalité. Les églises, les écoles, les associations doivent jouer un rôle dans l'éducation civique et la prévention. Et la justice doit être exemplaire pour restaurer la confiance et décourager les braqueurs."
Les habitants de Kinshasa ont été particulièrement choqués par la spectaculaire tentative de braquage de l'agence Rawbank place Victoire, le 16 octobre, dans laquelle Honorine Porche, d'origine allemande, a été présentée comme l'une des cheffes du commando.