Friedrich Merz veut un partenariat équilibré avec la Chine
26 février 2026
La visite de Friedrich Merz a commencé avec une bonne nouvelle. Au terme de sa rencontre ce mercredi 25 février, avec le chef du gouvernement chinois, Li Qiang et le président Xi Jinping, le chancelier allemand a annoncé la commande par la Chine de quelque 120 appareils de l'avionneur européen Airbus.
Friedrich Merz a présenté cet accord comme illustrant le potentiel d'une relation économique apaisée et "juste" avec la Chine, principal partenaire commercial de l'Allemagne.
Pour un partenariat équilibré
Avec ses interlocuteurs chinois, Friedrich Merz entendait, à travers cette visite, trouver le bon équilibre avec la Chine, car le géant asiatique et ses entreprises sont de plus en plus perçus par le monde industriel allemand comme de sérieux rivaux.
Arrivé à la tête d'une importante délégation de chefs d'entreprise, le chancelier a appelé de ses vœux, au cours de ses entretiens avec le Premier ministre Li Qiang puis le président Xi Jinping, à une discussion ouverte sur les sujets de désaccord cités avant son voyage : déséquilibre croissant des échanges en faveur de la Chine, distorsion de concurrence, restrictions d'accès aux marchés et sécurité des approvisionnements en terres rares, sur lesquelles la Chine a la haute main.
Enfin, les subventions de l'Etat aux entreprises chinoises et la valeur de la monnaie chinoise sont aussi des thèmes considérés comme centraux à Berlin.
Comme ses partenaires de l'Union européenne, l'Allemagne s'alarme de la poussée des véhicules électriques chinois et du déversement en Europe des excédents de production chinois.
Elle s'émeut de voir la Chine utiliser, dans la confrontation mondiale, les semi-conducteurs ou les terres rares, comme elle l'a fait, en 2025, affectant sévèrement les chaînes d'approvisionnement, notamment de l'industrie automobile.
Quant à la Chine, elle veut s’assurer que l’Europe reste un marché ouvert. C’est le combat diplomatique principal de Pékin avec Berlin.
La Chine achète de moins en moins de produits allemands, tandis que les consommateurs allemands achètent de plus en plus de marchandises chinoises.
La Chine est redevenue le premier partenaire commercial de l'Allemagne, mais dans le cadre d'une relation de plus en plus déséquilibrée. Le secteur automobile témoigne de la tendance.
Les exportations de voitures allemandes ont chuté de 66 % entre 2022 et 2025, pour tomber à leur plus bas niveau depuis 2009. D'après le cabinet Rhodium, si la tendance se poursuit à un rythme similaire pendant trois ans, l'Allemagne exportera moins de voitures en Chine en 2028, qu'en Autriche ou en Suisse !
Pendant des années, l'Allemagne écoulait machines et voitures sur le marché chinois. Désormais, la tendance s’inverse : les exportations allemandes vers la Chine ont reculé de 10 % et les importations chinoises ont augmenté de 9 %, atteignant plus de 170 milliards d’euros.
L'intelligence artificielle en attraction
Au dernier jour de sa visite, Friedrich Merz a assisté ce jeudi à la présentation de véhicules autonomes du constructeur allemand Mercedes, et s’est par la suite rendu à Hangzhou (est), à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Shanghai.
Hangzhou, métropole de douze millions d'habitants, est le siège de nombreux fleurons technologiques chinois, comme la startup DeepSeek, célèbre pour son robot conversationnel, ou le mastodonte Alibaba (commerce en ligne, cloud, logistique), tous deux engagés dans l'intelligence artificielle (IA).
Le chancelier a aussi visité Unitree Robotics, acteur majeur de la robotique en Chine. Spécialisée dans l'IA dite "matérielle", Unitree fabrique des robots quadrupèdes (à l'apparence de petits chiens), mais aussi humanoïdes, destinés notamment au grand public.
La Chine et la guerre en Ukraine
Sur le plan politique, le chancelier allemand s’est montré satisfait de l’engagement de la Chine en faveur de la paix dans la région.
Friedrich Merz a indiqué avoir exhorté Pékin à user de son influence sur Moscou, notamment en bloquant les exportations vers la Russie de biens pouvant potentiellement être utilisés à des fins militaires.
Xi Jinping est perçu comme l'un des trois acteurs susceptibles d'arrêter la guerre en Ukraine, avec Donald Trump et Vladimir Poutine, même si Friedrich Merz n’a récemment pas dissimulé son scepticisme quant aux intentions de paix du président russe.
"La voix de Pékin est entendue, même à Moscou. Nous en discuterons lors de ma visite", avait déclaré le chancelier, avant de s'envoler pour la Chine.
Pour cette visite, le chancelier était accompagné d'une délégation commerciale composée de dirigeants d'une trentaine de grandes entreprises allemandes, issues de secteurs tels que la construction automobile et les industries chimique et pharmaceutique.
Après les dirigeants français, canadien ou britannique, le chancelier est le dernier en date à faire le déplacement à Pékin, à un moment où le président américain Donald Trump, lui-même annoncé en Chine fin mars, bouscule l'ordre établi à coups de droits de douane et de remise en question des alliances.