Revivez la journée de vote en Guinée
28 décembre 2025
Le scrutin présidentiel s’est déroulé dans un climat globalement apaisé, même si de nombreux manquements et irrégularités ont été signalés à travers le pays. Le dépouillement a commencé immédiatement après la fermeture des bureaux de vote.
18H30 TU : Les impressions de certains candidats
Le candidat Faya Millimono, président du Bloc Libéral, a dénoncé plusieurs dysfonctionnements observés dès les premières heures du vote. Face à la presse, il a fait part de ses vives inquiétudes concernant le déroulement du scrutin dans certaines localités, mettant en garde contre toute tentative de manipulation des résultats. Il affirme avoir reçu des informations préoccupantes de l’intérieur du pays et dénonce des menaces visant les militants de son parti, notamment ceux munis d’ordres de mission pour agir comme délégués dans les bureaux de vote.
De son côté, le candidat de l’Alliance pour le renouveau national (ARP), Mohamed Nabé, a accompli son devoir civique à Nongo, dans la commune de Lambanyi. À l’issue de son vote, il a lui aussi évoqué des préoccupations liées au déroulement du scrutin, notamment les retards enregistrés dans l’ouverture de plusieurs bureaux de vote.
Sur le terrain, les observations font état d’un scrutin marqué par des ouvertures tardives de bureaux de vote dans plusieurs régions, bien que le climat général reste calme.
Tout en saluant le bon déroulement global du vote, Mohamed Nabé a reconnu l’existence de ce qu’il qualifie d’anomalies majeures, tout en estimant qu’elles ne remettent pas fondamentalement en cause la crédibilité du scrutin.
“Ajourd’hui, le message que j’ai pour le peuple de Guinée, nous sommes tous des Guinéens. Nous n’avons qu’un seul pays. Je pense que la vision et l’objectif de tous les neuf candidats, c’est de développer la Guinée, donner la prospérité et le bien-être au peuple. C’est pourquoi je lance un appel solennel à tous les candidats, à toutes les Guinéennes et à tous les Guinéens, d’observer le calme et la sérénité”, a declaré le candidat cité par la presse locale.
De son côté, après avoir voté au centre Joseph Laurence de Lambanyi, le Premier ministre Bah Oury s’est exprimé devant la presse. Il a qualifié cette journée d’historique pour la Guinée, soulignant les efforts consentis malgré les difficultés rencontrées au cours des quatre dernières années. "C’est une journée historique pour le peuple guinéen et pour la République. Malgré les épreuves, nous avons tenu le cap pour organiser cette élection présidentielle", a-t-il affirmé.
16H40 TU : Bilan critique de la transition guinéenne
Plusieurs analystes guinéens dressent un bilan critique de la transition menée par la junte au pouvoir depuis le coup d’État de 2021. Pour Gayo Diallo, expert et analyste guinéen, la transition a largement dépassé le temps qui lui était initialement imparti. Il rappelle l’enthousiasme populaire qui avait suivi le putsch, nourri par l’espoir d’une refondation profonde de l’État.
Mais selon lui, une transition n’a pas vocation à produire de grandes réalisations matérielles : son rôle est avant tout institutionnel. Or, ce cadre a rapidement montré ses limites, avec des difficultés structurelles et un glissement progressif vers une normalisation du pouvoir militaire. Dans ce contexte, la question des droits humains est reléguée au second plan, éclipsée par des enjeux stratégiques majeurs, notamment le gigantesque projet minier de Simandou, présenté comme l’un des plus importants gisements de fer d’Afrique."
Pour Abdoulaye Sadio Barry, du Bloc pour l’alternance en Guinée, "la conservation du pouvoir par les militaires s’explique aussi par des intérêts économiques et politiques. Il évoque un système de privilèges accordés aux ministres, qui auraient tout intérêt à voir la transition se prolonger. Selon lui, les erreurs, bavures et crimes commis au fil du temps enferment désormais les dirigeants dans une logique de maintien au pouvoir par crainte de poursuites judiciaires".
Sur le plan électoral, Kabinet Fofana estime que "le suspense reste très limité autour de la candidature de Mamadi Doumbouya. Président de la transition depuis quatre ans, il bénéficie d’une notoriété et d’un bilan que ses adversaires ne peuvent revendiquer. L’absence de figures politiques majeures comme Cellou Dalein Diallo ou Alpha Condé renforce cette impression d’élection jouée d’avance". Selon l’analyste, le principal enjeu réside désormais dans la participation électorale, qui conditionnera la légitimité du futur président, ainsi que dans la capacité de la Direction générale des élections à organiser un scrutin crédible et à publier rapidement les résultats.
Enfin, Gayo Diallo pointe les zones d’ombre entourant la nouvelle Constitution adoptée en septembre. Il regrette un manque d’appropriation populaire et souligne plusieurs dispositions controversées. Il s’interroge également sur la candidature de Mamadi Doumbouya, rappelant qu’il avait initialement promis de ne pas se présenter et que son statut civil ou militaire n’a jamais été clairement établi. Autant d’éléments qui, selon lui, nourrissent le doute et interrogent les citoyens sur la sincérité du processus politique en cours.
15H00 TU : Quelques réactions
Selon Aliou Barry, directeur du Centre d’analyses et d’études stratégiques à Conakry, la situation actuellela situation actuelle contraste fortement avec les scrutins précédents de 2010 et 2015 :
"Mon impression, c’est que contrairement aux élections passées, la ville est complètement calme. Ce calme, me semble-t-il, s’explique par l’absence des principales formations politiques qui disposent du plus grand nombre de militants. Les grands partis comme l’UFDG, le RPG ou l’UFR n’ont pas de candidats cette année, et cela se traduit par une faible affluence. Tout observateur est un peu surpris par ce calme relatif ; on ne se sent pas vraiment dans une journée électorale."
De son côté, Tidiane Dioh, analyste politique sénégalais, établit un parallèle entre la transition guinéenne et celle observée au Gabon sous Oligui Nguema :
"Ce qui me paraît important, c’est que ce coup d’État ressemble beaucoup à celui qui a été perpétré au Gabon. Dans les deux pays – extrêmement riches – les nouvelles autorités se sont rapidement mises à poser des jalons, notamment en lançant des infrastructures et en s’ouvrant à l’international. On observe deux écoles qui cohabitent en Afrique de l’Ouest : certains régimes militaires mettent en avant le mémoriel et un souverainisme marqué, souvent en réaction à l’ancienne puissance coloniale, tandis que le régime guinéen tend à maintenir de bonnes relations avec la France et à lancer de grands chantiers, qui deviennent l’élément central de son marketing politique", a déclaré Tidiane Dioh à DW.
Ces analyses soulignent le contraste entre un calme apparent dans les rues de Conakry et les dynamiques politiques sous-jacentes, qui façonnent la perception du pouvoir et de sa légitimité auprès de la population et de la communauté internationale.
15H00 TU : La mobilisation reste faible
Au centre de vote Saint-Michel, situé dans le quartier Bantounka 1, commune de Lambanyi, l’affluence reste faible. Le scrutin se déroule dans le calme, avec seulement quelques habitants du quartier se rendant timidement à leurs bureaux de vote. D’autres, en revanche, restent devant leurs boutiques ou vaquent à leurs occupations quotidiennes, reflétant une mobilisation limitée pour ce premier tour de la présidentielle.
13H00 TU : Faible affluence à Conakry
Selon nos correspondants sur place, l’affluence reste globalement faible dans la matinée dans certains bureaux de vote de la capitale, Conakry, malgré l’ouverture des centres dès les premières heures du matin.
Cette faible participation contraste avec l’importance du scrutin, alors que de nombreux habitants semblent rencontrer des difficultés pour localiser leur bureau de vote ou expriment une certaine réserve face au contexte politique tendu du pays.
12H00 TU : Haute-Guinée : Kankan voit un engouement marqué dès l’aube
À l’autre bout du pays, dans la ville de Nabaya, l’ambiance est nettement plus animée. Dès 6h40, les premiers électeurs ont commencé à se diriger vers les centres de vote, témoignant d’un engouement plus perceptible qu’en Moyenne-Guinée. Au centre Gare, situé dans la commune urbaine, de longues files d’attente se sont rapidement formées, mais le vote s’y déroule dans un climat apaisé et ordonné.
La mobilisation des citoyens est manifeste, et les équipes de sécurité restent présentes pour encadrer le flux des électeurs. Les correspondants sur place notent que, malgré l’attente, la patience et la discipline prédominent parmi les votants, reflétant l’importance perçue de ce scrutin pour la population locale.
Quelque 6,7 millions d’électeurs se rendent aux urnes ce dimanche entre 07 h 00 et 18 h 00 pour choisir parmi neuf candidats, dont le général Mamadi Doumbouya, qui est largement donné favori face à des concurrents moins connus et issus d’un paysage politique affaibli.
09H45 TU : Moyenne-Guinée : un début de scrutin calme mais avec une faible affluence
De la Moyenne-Guinée à la Haute-Guinée, le scrutin présidentiel se déroule jusqu’ici dans un climat globalement serein, même si l’affluence varie selon les localités. Selon le site d'information, "africaguinée", dans la cité de Karamoko Alpha, les bureaux de vote ont ouvert dès les premières heures de la matinée, respectant les horaires officiels. Cependant, entre 8h30 et 10h20, la fréquentation restait encore limitée dans les principaux centres de vote de la commune urbaine.
Parmi ces lieux, on compte les collèges Konkola et Thyndel, ainsi que l’école primaire de Kouroula, située dans le quartier administratif. Dans ces établissements, aucun incident n’a été signalé en fin de matinée. Les forces de défense et de sécurité étaient bien visibles, assurant un cadre sûr pour le déroulement du vote.
Malgré ce climat calme, selon des sources concordantes, certains électeurs ont rencontré des difficultés à localiser leur bureau de vote, soulignant un besoin d’informations plus claires sur la répartition des centres. Sur place, seuls trois partis disposent de représentants : GMD, BL et FRONDEG, garantissant une surveillance limitée du processus électoral.
Un scrutin dans un contexte politique tendu
Un important dispositif de sécurité quadrillait la capitale, avec des forces armées et des contrôles visibles dans de nombreux quartiers. La veille, les autorités ont annoncé avoir “neutralisé” un groupe armé dans la banlieue de Conakry, qualifiant les individus d’ayant des "intentions subversives".
Le scrutin s’inscrit dans un contexte de restrictions politiques et de répression, avec de nombreux partis dissous ou suspendus et des figures de l’opposition exilées ou exclues pour des motifs controversés.
Les principaux opposants tels que ex-présidents et leaders historiques de l’opposition n’étaient pas en mesure de concourir, soit parce qu’ils sont en exil, soit parce que leurs candidatures ont été invalidées.