Washington cible Kigali pour son soutien au M23, pas le FRN de Kabila
29 octobre 2026
Les Etats-Unis ont annoncé, le 28.10.26, avoir placé sous sanctions le ministère de la Défense rwandais, ainsi qu'une banque coopérative, pour leur soutien au groupe armé congolais M23, dans l’est de la République démocratique du Congo.
Les États-Unis ont justifié cette décision par le non-respect par Kigali de l'accord signé entre le Rwanda et la RDC, en décembre dernier, en maintenant des troupes sur le sol congolais.
Washington semble donc ne pas prendre en compte la récente création du Front pour la refondation de la nation qui a absorbé la rébellion de l’AFC/M23 et est placé sous la direction de l’ancien président Joseph Kabila.
En cela, les Etats-Unis semblent s’aligner sur la position de Kinshasa qui considère le FRN comme un simple nouveau nom de la rébellion.
Fred Bauma, directeur exécutif de l’Institut de recherche sur la politique, la gouvernance et les violences Ebuteli, estime en effet que ces nouvelles sanctions sont un message adressé au gouvernement congolais pour lui montrer qu’il soutient sa position.
Suivez l'interview avec Fred Bauma
Fred Bauma : Je pense que l’attention ne doit pas nécessairement porter sur l’appellation M23, FRN ou AFC, mais plutôt sur les sanctions effectivement prises pour empêcher le Rwanda de soutenir le M23 et les mouvements qui lui succèdent, et pour lui adresser un message clair.
Je pense que c’est aussi une manière, pour les États-Unis, d’adresser un message au gouvernement congolais, en lui signifiant qu’ils continuent de soutenir sa position et qu’ils restent engagés dans la poursuite du partenariat conclu avec lui. C’est d’ailleurs ce qui ressort du texte accompagnant l’annonce de ces sanctions : les États-Unis entendent ainsi tenir le Rwanda responsable du respect de ses engagements pris dans le cadre des accords de Washington, signés en décembre 2025.
La grande question est de savoir si ces sanctions supplémentaires seront réellement efficaces pour éviter une escalade du conflit, notamment avec l’arrivée de Joseph Kabila. C’est une pression supplémentaire.
DW : Les sanctions contre le Rwanda surviennent alors qu’un dialogue national se prépare en RDC. Une partie de l’opposition considère Joseph Kabila comme un interlocuteur incontournable pour le retour de la paix. Le fait que les États-Unis maintiennent le M23 au centre de leur discours peut-il réduire les possibilités de Joseph Kabila de participer à ce dialogue ?
Fred Bauma : Je ne pense pas que cela puisse augmenter ou réduire les chances de Joseph Kabila de participer au dialogue. Il existe une divergence importante entre les positions officielles du gouvernement congolais et celles de l’opposition sur cette question.
L’opposition demande que tous les acteurs armés puissent participer au dialogue. Dans cette perspective, l’arrivée de Joseph Kabila à la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN) ne change rien à cette exigence.
De son côté, le gouvernement a toujours insisté sur le fait que les acteurs ayant pris les armes ne devraient pas participer au dialogue. Je pense que, de ce point de vue également, sa position ne changera pas.
Deux grandes questions se posent alors. Premièrement, qu’est-ce que cela signifie pour le processus de Doha, dans le cadre duquel le gouvernement négocie avec l’AFC/M23 autour de demandes précises ? Ces demandes resteront-elles les mêmes ou évolueront-elles ?
Deuxièmement, ces sanctions pourraient-elles inciter le FRN ou le M23 à revoir leurs ambitions ? Je pense qu’elles ne modifieront pas nécessairement les positions des différents acteurs, à moins que les rapports de force sur le terrain n’imposent de nouvelles réalités.